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Climat : La France a-t-elle respecté ses objectifs en 2022 ?

Fixer des objectifs est une chose, s’assurer de leur respect en est une autre. C’est l’objet de l’observatoire que publie le Réseau action climat. Il a comparé, secteur par secteur, les émissions réelles par rapport aux budgets carbone fixés.

Où en est la France dans l’atteinte de ses objectifs sur le climat et l’énergie ? Le Réseau action climat (RAC), une fédération d’ONG françaises engagées dans les questions climatiques, fait le point dans son Observatoire Climat-Énergie, qu’il a publié ce jeudi.

L’exercice est crucial pour s’assurer que nous sommes sur la bonne trajectoire pour atteindre la neutralité carbone, un objectif auquel la France s’est engagée pour 2050. Avec un point d’étape en 2030, pour lequel l’ambition affichée est de réduire de 40 % nos émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à 1990.

Des chiffres dans le rouge

Pour y parvenir, l’État a alloué, depuis 2015, via la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), des niveaux d’émissions annuelles à ne pas dépasser aux secteurs les plus émetteurs. Des transports à l’agriculture, en passant par les bâtiments, l’industrie ou encore la production d’énergie. Pour cette dernière, l’État a également détaillé ses objectifs dans un deuxième document stratégique : la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), fixant notamment les objectifs en matière de développement des énergies renouvelables.

Mais fixer des objectifs n’est pas suffisant ; il faut aussi s’assurer qu’ils soient respectés. C’est l’objet de cet observatoire, qui en est à sa sixième édition et a passé au crible l’année 2022. Cette fois encore, plusieurs chiffres s’affichent en rouge, autant d’objectifs non atteints. Pourtant, si l’on additionne les émissions de tous les secteurs, nous sommes dans les clous, avec 403,8 millions de tonnes équivalent CO2 (MTeqCO2), alors que la SNBC demandait de ne pas dépasser 408 MTeqCO2. Cependant, il est important de noter qu’il s’agit uniquement des émissions brutes, comme le signale Anne Gringault, directrice des programmes du RAC.

La France a trop misé sur ses puits de carbone ?

Lorsque l’on soustrait les émissions brutes du CO2 capté par les puits de carbone, on obtient les émissions nettes. Et là, l’objectif n’est clairement pas atteint. La France dépasse de près de 16 millions de tonnes de CO2 son budget carbone, avec 386,9 MTeqCO2 émises en 2022, alors qu’il ne fallait pas dépasser 367 MTeqCO2, souligne l’observatoire. Les puits de carbone ne sont pas au rendez-vous, ayant capté seulement 16,9 MTeqCO2 sur les 41 MTeqCO2 prévus par la SNBC pour 2022. Il s’agit là d’une critique récurrente du RAC qui estime que la France a trop misé sur les puits de carbone, négligeant les effets du changement climatique sur leur capacité d’absorption du CO2.

Les transports et l’agriculture pas dans les clous

Plusieurs secteurs émetteurs sont également en défaut, en particulier les transports qui restent en tête. “Il représente pourtant 32,3 % des émissions nationales, ce qui en fait le premier secteur émetteur, le seul aussi à voir ses émissions augmenter”, précise Pierre Leflaive, responsable “transport” du RAC. En 2022, il a dépassé de 4,5 MTeqCO2 l’objectif qui lui était assigné.

Les véhicules particuliers sont pointés du doigt, avec une augmentation du trafic et une augmentation du poids des véhicules, notamment les SUV. L’aviation a également vu ses émissions augmenter, retrouvant les niveaux d’avant la pandémie de Covid-19, avec une augmentation de 0,9 MTeqCO2 pour les vols domestiques.

L’agriculture est l’autre secteur en difficulté. Ses émissions sont principalement liées à la consommation d’énergie, à l’élevage (émissions de méthane par les vaches) et à l’utilisation d’engrais azotés. Bien que les émissions agricoles aient légèrement baissé en France ces dernières années, elles restent en grande partie influencées par des facteurs subis, notamment la baisse du cheptel bovin et les perturbations dans l’approvisionnement en engrais due à des facteurs géopolitiques.

Un bilan fragile pour l’industrie et les bâtiments

L’industrie a tout juste respecté son budget carbone en 2022, en émettant 73 MTeqCO2. Les bâtiments ont émis 11 MTeqCO2 de moins par rapport aux attentes de la SNBC. Cependant, ces résultats doivent être pris avec précaution, car une partie des baisses d’émissions est liée à des facteurs conjoncturels, notamment l’envolée des prix de l’énergie, qui a poussé les industriels et les ménages à réduire leur consommation de gaz et d’électricité.

Ces réductions d’émissions restent donc fragiles, et des efforts substantiels sont nécessaires pour obtenir des baisses structurelles d’émissions dans ces deux secteurs. Par exemple, seulement 66 000 logements ont été rénovés de manière performante en 2022, bien en deçà des 900 000 par an prévus d’ici 2030 par le Secrétariat général à la planification écologique.

C’est cet automne que ça se joue ?

Le Réseau action climat souligne que aucun secteur ne peut se reposer sur ses lauriers, d’autant plus que le gouvernement a promis de revoir à la hausse son objectif de réduction des GES pour 2030, pour s’aligner sur le nouvel objectif de l’Union européenne de – 55 %.