L’ancien Premier ministre, connu pour son verbe flamboyant et son indépendance d’esprit, se retrouve aujourd’hui au centre d’une attention inattendue : celle d’une partie de l’électorat de gauche. Ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien et ses critiques de la diplomatie française lui valent les faveurs d’une frange de La France insoumise, qui voit en lui une voix légitime sur la scène internationale.
Un retour sous les projecteurs
Depuis l’embrasement du Proche-Orient en octobre 2023, Dominique de Villepin multiplie les interventions médiatiques. L’ancien chef du gouvernement, célèbre pour son opposition à la guerre en Irak en 2003, adopte un ton tranché contre l’offensive israélienne à Gaza, dénonçant une réponse qu’il juge disproportionnée. Un discours qui fait écho aux positions défendues par LFI et qui lui vaut d’être régulièrement cité et applaudi par ses figures de proue.
Un récent sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio témoigne de cette percée surprenante : avec 53 % d’opinions favorables, Dominique de Villepin dépasse même Édouard Philippe, autre ancien Premier ministre en vue. Une dynamique qui interroge à l’approche de la présidentielle de 2027.
Un allié de circonstance ?
Invité à la Fête de l’Humanité par le communiste Fabien Roussel, Dominique de Villepin a été chaleureusement accueilli par un public peu habitué à acclamer les figures de la droite traditionnelle. Ses discours, fustigeant les dérives de la politique étrangère occidentale, trouvent un écho particulier chez les insoumis, qui louent son indépendance d’esprit.
« Il incarne une certaine idée de la France, souveraine et attachée au droit international », estime Arnaud Le Gall, député LFI. « Son parcours diplomatique donne du poids à un discours que nous portons depuis longtemps. » Eric Coquerel, président de la Commission des Finances, va plus loin : « Quand Villepin parle comme nous, cela légitime nos positions et renforce notre camp. »
Toutefois, si l’ancien ministre des Affaires étrangères critique ouvertement la gestion du conflit par Israël, il n’a jamais employé le terme de « génocide » comme certains cadres insoumis. De même, il qualifie le Hamas d’organisation terroriste, là où la gauche radicale est plus nuancée. Ces différences de ligne pourraient limiter un éventuel rapprochement.
2027 en ligne de mire ?
Au-delà de ses interventions diplomatiques, Dominique de Villepin laisse entendre qu’il ne compte pas rester spectateur de la présidentielle à venir. Dans un entretien à Mediapart en janvier, il affirmait vouloir être « aux avant-postes » du débat national. Un site internet à son nom a même été lancé, laissant planer le doute sur ses véritables ambitions.
Mais cette soudaine popularité auprès d’une partie de la gauche ne garantit en rien un avenir politique solide. Les insoumis, prompts à l’encenser aujourd’hui, pourraient se montrer bien plus réticents s’il devenait un adversaire en 2027. Et du côté de la droite, où son nom reste associé à des tensions passées, peu sont prêts à le voir incarner l’avenir du camp conservateur.
Villepin, électron libre ou candidat en embuscade ? Si l’histoire politique regorge de revirements inattendus, certains rapprochements ont leurs limites. Pour l’instant, son ascension dans les sondages ne fait qu’alimenter la curiosité et les spéculations.