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Reconnaissance de la Palestine : la France isolée ou en tête de file ?

DIPLOMATIE – En annonçant la reconnaissance de l’État palestinien, Emmanuel Macron fait basculer la France dans un camp majoritaire à l’ONU mais minoritaire parmi les grandes puissances. Un pari diplomatique audacieux aux conséquences multiples.

La déclaration est tombée jeudi soir, sobre mais symbolique : la France reconnaîtra officiellement l’État palestinien. Emmanuel Macron devient ainsi le premier chef d’État du G7 à franchir ce cap, une décision qui rompt avec la prudence traditionnelle de ses homologues occidentaux et provoque d’ores et déjà des remous diplomatiques, notamment avec Israël et les États-Unis.

Une reconnaissance dans un paysage mondial fragmenté

Si plus de 140 pays membres de l’ONU ont déjà reconnu la Palestine, les poids lourds du système international – États-Unis, Allemagne, Japon, Royaume-Uni ou encore Canada – n’ont pour l’instant pas suivi. Paris fait donc figure d’exception au sein du G7, même si, selon l’ancien ambassadeur Michel Duclos, « certains pays comme le Royaume-Uni ou le Canada pourraient être tentés de s’aligner sur la position française ». Le diplomate évoque un possible « effet d’entraînement » que l’initiative française pourrait provoquer.

Tensions prévisibles avec Israël et Washington

La réaction israélienne ne s’est pas fait attendre. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a dénoncé une décision qui, selon lui, « légitime la terreur ». Côté américain, plusieurs figures proches des Républicains ont condamné l’annonce française, évoquant une démarche « imprudente ». Mais Michel Duclos relativise : « Pour Donald Trump, ce genre de dossier n’est pas prioritaire. » Une façon de dire que les relations franco-américaines ne devraient pas profondément pâtir de cette reconnaissance.

Quant aux liens entre Paris et Tel-Aviv, l’ancien ambassadeur estime qu’ils sont déjà « limités », et que la colère israélienne, si elle se traduit par des gestes forts, comme l’annexion de territoires, répond davantage à des dynamiques internes qu’à une volonté de sanctionner spécifiquement la France.

Une manœuvre stratégique vers le Sud global

En revanche, du côté du monde arabe, les retombées sont immédiates et globalement favorables à la France. Le Qatar, médiateur dans le conflit israélo-palestinien, s’est félicité d’un « pas dans la bonne direction ». Le Koweït, lui, a appelé d’autres États à suivre l’exemple français. Pour Paris, ce geste pourrait donc renforcer sa position dans le « Sud global » et redorer son image auprès d’alliés stratégiques, comme l’Arabie saoudite ou l’Égypte.

Michel Duclos souligne aussi un aspect essentiel : la crédibilité diplomatique. « Ne pas aller jusqu’au bout, après l’annonce d’avril, aurait entamé notre parole », explique-t-il. La reconnaissance devient ainsi un levier d’influence, mais aussi de cohérence politique.

Un choix plus symbolique que révolutionnaire ?

Si cette reconnaissance ne change pas à court terme la réalité sur le terrain, elle s’inscrit dans une stratégie d’influence et de positionnement. « Ce genre de décisions passionne les diplomates, mais ne modifie pas fondamentalement le cours des événements », relativise Michel Duclos. Néanmoins, elle envoie un message clair : la France entend peser dans la recherche d’une solution politique au conflit israélo-palestinien.

Par cette décision, Paris s’expose à des critiques mais capitalise sur une posture audacieuse, capable de rallier de nouveaux partenaires et de s’imposer comme voix singulière au sein du concert des nations. Le pari est risqué, mais potentiellement payant.