C’est une petite révolution dans les usages de la République. À compter du 1er janvier 2026, les anciens chefs de gouvernement ne bénéficieront plus automatiquement d’un chauffeur attitré ni d’une protection policière permanente. Une décision actée par Sébastien Lecornu, qui entend mettre un terme à ce qu’il qualifie d’avantages indus liés à des fonctions par nature temporaires.
Annoncée dès le mois de septembre, peu après son arrivée à Matignon, la mesure s’inscrit dans une volonté affichée de sobriété de l’État. Pour le Premier ministre, il n’était plus justifiable que d’anciens responsables publics conservent à vie des dispositifs coûteux, financés par la collectivité, alors même qu’ils ne sont plus en exercice.
Une réforme étendue à l’Intérieur
Les anciens ministres de l’Intérieur sont également concernés par ce tour de vis. Jusqu’ici, eux aussi conservaient, parfois durant de longues années, chauffeurs et officiers de sécurité. Désormais, ces moyens ne seront accordés que de manière temporaire et strictement conditionnée à l’évaluation du risque.
Selon plusieurs sources, chaque ancien Premier ministre a récemment reçu un courrier personnel de Sébastien Lecornu les informant des nouvelles règles. Sur les réseaux sociaux, le chef du gouvernement a précisé que la protection policière serait désormais limitée dans le temps et renouvelable uniquement sur la base d’analyses sécuritaires actualisées. Les autres facilités, elles, ne seront plus automatiques.
Des effectifs redéployés
Concrètement, cette réforme va permettre de libérer plusieurs dizaines d’agents. Au total, 24 chauffeurs et 24 policiers affectés à la protection rapprochée vont être réintégrés dans leurs services d’origine. Certains de ces effectifs pourraient être redirigés vers des priorités opérationnelles, notamment la lutte contre le narcotrafic.
Pour plusieurs anciens responsables, comme Jean-Marc Ayrault, Jean-Pierre Chevènement ou Bruno Le Roux, cette décision marque un retour à une vie sans escorte permanente. Les services de Matignon soulignent toutefois que l’analyse des risques a conduit à maintenir une protection pour un nombre limité de personnalités.
Des exceptions assumées
Certains anciens responsables continueront en effet de bénéficier d’un dispositif de sécurité renforcé. C’est le cas de figures ayant exercé leurs fonctions dans des contextes particulièrement sensibles, notamment durant la vague d’attentats terroristes ou lors de crises sociales majeures. D’autres conservent leurs avantages en raison de la proximité de leur départ du gouvernement ou de leur exposition politique actuelle, notamment en vue d’échéances électorales.
Si le gouvernement n’a pas communiqué de chiffrage précis des économies attendues, le coût global de ces dispositifs était estimé à environ 4 millions d’euros par an. Pour Sébastien Lecornu, l’enjeu est autant budgétaire que symbolique : montrer que l’exemplarité doit aussi s’appliquer à ceux qui ont exercé les plus hautes fonctions de l’État.
« On ne peut pas exiger des efforts des Français sans commencer par en faire soi-même », a-t-il récemment rappelé, défendant une réforme qu’il assume comme un signal politique fort.