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Etats-Unis : Sondages, droits de douane… Trump plus fragilisé que jamais avant son discours sur « l’état de l’union »

À quelques heures de son grand discours annuel devant le Congrès, Donald Trump aborde l’échéance dans un climat particulièrement défavorable. Entre revers judiciaires, glissade dans les sondages et crispations au sein même de son camp, le président américain semble traverser l’une des phases les plus délicates de son second mandat.

Un camouflet venu de la Cour suprême

Le coup est d’abord venu du sommet du pouvoir judiciaire. La Cour suprême des États-Unis a estimé illégale une large part des droits de douane instaurés par l’exécutif. Cette décision fragilise l’un des piliers de la stratégie économique défendue par la Maison-Blanche et remet en cause un instrument central de la politique commerciale du président.

Dans la foulée, plusieurs enquêtes d’opinion ont confirmé l’érosion de sa popularité. La cote de satisfaction du locataire de la Maison-Blanche s’établit désormais autour de 39 %, un niveau en nette baisse par rapport au début de l’année 2025. Un signal préoccupant à l’approche des élections de mi-mandat, prévues en novembre.

Une dynamique en perte de vitesse

Les indicateurs politiques traduisent également un ralentissement de l’action présidentielle. Très prolifique en décrets lors des premiers mois de son second mandat, Donald Trump a vu le rythme de ses initiatives se contracter. Sur le terrain international, ses déplacements se font plus rares. Après une présence soutenue à l’étranger l’an dernier, il ne s’est rendu qu’une seule fois hors du pays depuis l’automne, à l’occasion d’un passage remarqué au Forum de Davos, marqué par des échanges tendus avec plusieurs dirigeants européens.

Pour certains observateurs, ce coup de frein n’est pas seulement conjoncturel. Il reflète une présidence sur la défensive, contrainte par les contre-pouvoirs institutionnels et par un climat politique de plus en plus polarisé.

Immigration, affaires et désillusions économiques

Sur le fond, plusieurs dossiers sensibles pèsent sur l’exécutif. L’immigration, thème central de la campagne républicaine, illustre les ambiguïtés de la séquence actuelle. Si une majorité d’Américains se montrent favorables à une ligne ferme contre l’immigration irrégulière, des opérations menées par les autorités fédérales ont suscité l’indignation, notamment après la mort de deux citoyens lors d’interventions au Minnesota. L’absence de condamnation explicite de la Maison-Blanche a nourri les critiques, y compris dans les rangs conservateurs.

L’ombre de l’affaire Epstein continue par ailleurs de planer sur la présidence. Les promesses de transparence formulées durant la campagne se sont heurtées à une communication jugée parcellaire. La publication progressive et incomplète de documents alimente les soupçons et entretient un malaise politique persistant.

Sur le plan économique, les résultats tardent également à convaincre. L’inflation repart à la hausse et certaines mesures législatives ont contribué à renchérir le coût des assurances santé. Une partie de l’électorat fidèle au slogan « America First » s’interroge désormais sur la cohérence de certaines décisions, qu’il s’agisse de l’assouplissement de visas pour des profils qualifiés étrangers ou de prises de position sur des dossiers extérieurs comme le Venezuela ou le Groenland.

Le spectre des « midterms »

Reste la grande inconnue électorale. Les élections de mi-mandat sont traditionnellement périlleuses pour le parti présidentiel. Depuis les années 1970, rares sont les chefs d’État à avoir échappé au vote-sanction. Seuls Bill Clinton en 1998 et George W. Bush en 2002 ont réussi à gagner des sièges au Congrès, dans des contextes très spécifiques.

À ce stade de leur second mandat, Barack Obama et George W. Bush affichaient d’ailleurs des niveaux d’approbation comparables à ceux de Donald Trump aujourd’hui. Ce parallèle relativise la portée immédiate des sondages, sans pour autant dissiper les risques politiques.

Car au-delà des questions économiques, le président semble aujourd’hui jugé sur des enjeux plus larges : respect des institutions, transparence, conception de l’État de droit. En cas de basculement du Congrès à l’automne, la Maison-Blanche pourrait se retrouver entravée pour le reste du mandat, voire exposée à de nouvelles procédures d’enquête parlementaire.

À la veille de son discours sur l’état de l’Union, Donald Trump devra donc convaincre qu’il reste maître de l’agenda. Plus qu’un simple exercice oratoire, l’allocution s’annonce comme un test politique majeur dans une présidence entrée en zone de turbulences.