Menu

On vous dit l'essentiel

Favori des sondages, le RN veut voir tomber les têtes de grandes institutions

À l’approche de l’élection présidentielle, le Rassemblement national multiplie les mises en cause de hauts responsables publics. De la Banque de France au Conseil constitutionnel, en passant par les institutions européennes, le parti de Marine Le Pen laisse entrevoir une transformation profonde de l’appareil d’État en cas d’arrivée au pouvoir.

Le ton se durcit au Rassemblement national (RN). À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, plusieurs responsables du parti ont pris pour cible des personnalités occupant des fonctions stratégiques au sein des institutions françaises. Leurs griefs portent notamment sur des prises de position jugées incompatibles avec leurs fonctions, mais aussi sur des désaccords politiques de fond avec le programme du mouvement.

Dernier épisode en date : les critiques formulées par Jean-Philippe Tanguy à l’encontre d’Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France. Le député RN reproche à cet ancien conseiller d’Emmanuel Macron d’avoir évoqué, lors d’un déplacement à Bangkok, la possibilité de faire adopter le budget sans disposer d’une majorité parlementaire. Une déclaration que l’élu interprète comme le signe d’une proximité persistante avec l’ancien chef de l’État. Il réclame désormais son départ.

Le Conseil constitutionnel dans le viseur

La contestation du RN ne se limite pas aux institutions économiques. Marine Le Pen a également demandé la démission de Richard Ferrand, président du Conseil constitutionnel, après ses réserves concernant la faisabilité juridique du projet frontiste de révision constitutionnelle par référendum.

La dirigeante du parti considère que cette intervention contrevient au devoir de réserve attaché à ses fonctions. Elle conteste notamment le fait que le président de l’institution se prononce sur une proposition qui n’a pas encore été soumise à son examen.

Derrière ces affrontements se dessine un désaccord plus large sur les limites du pouvoir politique et le rôle des institutions chargées de l’encadrer. Le RN entend pouvoir appliquer son programme sans se heurter à des responsables qu’il estime susceptibles d’en entraver la mise en œuvre.

Une administration appelée à changer de visage

Les déclarations de plusieurs proches de Marine Le Pen donnent également un aperçu de ce que pourrait être la politique du parti envers la haute fonction publique en cas de victoire. Préfets, diplomates et responsables d’administration sont concernés par cette perspective de renouvellement.

Le message adressé aux agents publics est sans ambiguïté : ceux qui refuseraient de mettre en œuvre les orientations du nouveau pouvoir pourraient être écartés. À l’inverse, les responsables considérés comme disposés à accompagner le changement politique pourraient accéder à des postes de responsabilité.

Cette perspective soulève une question centrale : jusqu’où un gouvernement peut-il renouveler les équipes dirigeantes de l’administration sans fragiliser les principes de neutralité, de continuité du service public et d’indépendance qui encadrent certaines fonctions de l’État ?

Le RN présente cette éventuelle réorganisation comme un moyen de disposer d’une administration capable d’appliquer ses décisions. Ses détracteurs pourraient, eux, y voir le risque d’une politisation accrue de la haute fonction publique.

Bruxelles également sous pression

La stratégie de confrontation revendiquée par le mouvement s’étend enfin aux institutions européennes. Marine Le Pen a annoncé être prête à engager un rapport de force avec la Commission européenne, dirigée par Ursula von der Leyen, notamment autour des désaccords concernant le budget européen.

Cette posture s’inscrit dans la volonté du RN de défendre ses orientations nationales face aux contraintes et aux arbitrages européens. La dirigeante assume une approche dans laquelle la menace d’un conflit constitue un instrument de négociation.

À travers ces différentes prises de position, le parti cherche ainsi à afficher sa détermination à transformer les relations entre le pouvoir politique, l’administration et les autorités de contrôle. Reste à savoir comment ces ambitions pourraient se traduire concrètement si le RN remportait l’élection présidentielle, et quelles limites juridiques et institutionnelles s’imposeraient alors à son action.