À deux ans de l’échéance présidentielle, les lignes commencent déjà à bouger au Rassemblement national. Marine Le Pen a ouvertement envisagé, ce dimanche dans les colonnes de La Tribune Dimanche, l’hypothèse d’une candidature de Jordan Bardella pour 2027, estimant que le président du RN dispose de la stature nécessaire pour l’emporter, y compris si elle-même devait être empêchée de concourir.
Actuellement fragilisée par sa condamnation dans le dossier des assistants parlementaires européens du Front national, la cheffe de file des députés RN a reconnu que le combat politique pouvait prendre « différentes formes ». Sans annoncer un retrait, elle a insisté sur la pérennité de son courant politique, affirmant que les idées portées par son camp survivraient au-delà des personnes.
Un soutien appuyé au président du RN
Face aux critiques visant le manque d’expérience de Jordan Bardella, âgé de 30 ans, Marine Le Pen a livré une défense vigoureuse. Elle a dénoncé ce qu’elle considère comme une entreprise de discrédit ciblant le jeune dirigeant, soulignant son parcours militant de longue date et sa connaissance des réalités politiques. Une manière, aussi, de répondre par contraste aux débuts d’Emmanuel Macron, qu’elle jugeait à l’époque bien moins éprouvé par le terrain.
L’ombre de la justice plane toutefois sur l’avenir personnel de Marine Le Pen. Condamnée en première instance à quatre ans de prison, dont deux ferme, assortis d’une lourde amende et d’une peine d’inéligibilité immédiate de cinq ans, elle sera rejugée en appel entre mi-janvier et mi-février. Une sanction qui compromet sérieusement ses ambitions présidentielles et qu’elle a comparée à une mise à mort politique, évoquant une forme de « violence judiciaire ».
Charge contre l’exécutif
Sur le plan institutionnel, la dirigeante du RN s’est montrée particulièrement sévère envers Emmanuel Macron. Elle estime que la crise politique actuelle aurait dû conduire à une nouvelle consultation électorale et accuse le chef de l’État de s’accrocher au pouvoir en contradiction avec l’esprit des institutions gaulliennes. Selon elle, le refus de dissoudre l’Assemblée nationale serait à l’origine du blocage actuel.
La loi spéciale récemment adoptée pour pallier l’absence de budget n’a pas davantage trouvé grâce à ses yeux. Marine Le Pen y voit un expédient trompeur et dénonce une situation de dépendance politique du gouvernement à l’égard du Parti socialiste, qu’elle juge marginal électoralement. Appelant à un retour rapide aux urnes, elle a enfin évoqué la possibilité de saisir le Conseil constitutionnel en cas de dissolution, rappelant son rôle central dans la validation des candidatures présidentielles en période de crise.
À travers ces prises de position, Marine Le Pen esquisse déjà un scénario de transition, tout en maintenant la pression sur l’exécutif et en installant Jordan Bardella comme une alternative crédible pour l’après-2027.