À quelques mois de l’élection présidentielle, plusieurs prétendants à l’Élysée ont été visés par des campagnes de désinformation que les autorités et des sources sécuritaires attribuent à des réseaux favorables à la Russie. Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal ont été ciblés successivement, avec des méthodes destinées à fragiliser leur image auprès de l’opinion.
Le phénomène inquiète jusqu’au sommet de l’État. Gabriel Attal a récemment alerté sur le risque de voir une campagne électorale perturbée par des opérations étrangères. Pour l’ancien Premier ministre, l’enjeu dépasse les attaques individuelles : c’est la capacité des électeurs à disposer d’une information fiable qui pourrait être affectée.
Les trois responsables politiques n’ont pas été attaqués de la même manière. Édouard Philippe a notamment fait l’objet de rumeurs concernant son état de santé. Raphaël Glucksmann, lui, a été pris dans une campagne visant également sa compagne, la journaliste Léa Salamé. Des contenus ont notamment prétendu qu’elle aurait utilisé ses relations dans les médias pour soutenir la candidature de son conjoint. Gabriel Attal a, de son côté, été associé dans des publications en ligne à des problèmes de santé, dont la maladie de Parkinson.
Ces campagnes seraient restées relativement confidentielles, selon une source sécuritaire, mais leur succession attire l’attention des autorités. Il s’agit surtout d’un changement de cible : après avoir visé le débat public et certaines personnalités politiques, des réseaux prorusses s’en prendraient désormais directement à des candidats susceptibles de jouer un rôle majeur dans la présidentielle.
L’exécutif veut renforcer l’arsenal juridique
Le gouvernement entend également adapter la réponse française. Un projet de loi présenté en Conseil des ministres prévoit notamment de renforcer les sanctions contre la diffusion de fausses informations susceptibles d’influencer une élection.
Les peines pourraient ainsi passer d’un an de prison et 15 000 euros d’amende à trois ans de détention et 45 000 euros d’amende. Lorsque la manipulation viserait à favoriser les intérêts d’une puissance ou d’une organisation étrangère, la sanction pourrait atteindre six années d’emprisonnement.
L’exécutif souhaite par ailleurs mettre en place une structure chargée d’alerter les candidats et le public lorsqu’une tentative d’ingérence est détectée. Le gouvernement avait déjà commencé à travailler avec les formations politiques sur la question, après avoir évoqué au printemps l’existence de menaces importantes pesant sur le prochain scrutin.
Mais cette réponse ne convainc pas tout le monde.
Les réseaux sociaux au centre des critiques
Une partie de la classe politique réclame une action plus ferme contre les grandes plateformes numériques, considérées comme des vecteurs potentiels de campagnes d’influence. TikTok et X sont particulièrement cités.
Raphaël Glucksmann appelle ainsi les autorités françaises et européennes à ne pas exclure des sanctions lorsque des plateformes permettent la propagation de campagnes étrangères. Marine Tondelier, dirigeante des Écologistes, a même proposé de pouvoir suspendre temporairement certains réseaux sociaux pendant la campagne si des opérations d’ingérence étaient établies.
La question n’est pas nouvelle en Europe. La présidentielle roumaine de 2024 avait déjà illustré les risques associés à l’utilisation massive des réseaux sociaux dans une campagne électorale. L’ascension inattendue de Calin Georgescu avait notamment suscité des accusations d’intervention russe et conduit les autorités roumaines à annuler le scrutin initial.
Pour les responsables français qui alertent aujourd’hui sur les ingérences, cet épisode constitue un précédent particulièrement préoccupant : une campagne numérique peut, en quelques semaines, modifier profondément la visibilité d’un candidat et brouiller la frontière entre information politique, manipulation et propagande.
Une question politiquement sensible pour le Rassemblement national
À droite et à l’extrême droite, les réactions aux dernières opérations restent pour l’instant limitées. Le sujet est particulièrement délicat pour le Rassemblement national, dont les relations passées avec Moscou continuent d’alimenter les débats, notamment en raison du financement obtenu auprès d’une banque russe dans les années 2010.
La direction du parti a toutefois progressivement durci son discours à l’égard du Kremlin. Jordan Bardella avait ainsi qualifié la Russie de menace pour la France et reconnu l’existence de risques liés aux opérations d’influence étrangères.
À l’approche de 2027, la question devrait donc prendre une place croissante dans le débat politique. Car au-delà des attaques visant individuellement les candidats, les opérations de désinformation posent une question plus large : jusqu’où un État étranger peut-il tenter de peser sur une élection française sans que la campagne elle-même ne devienne un terrain de confrontation géopolitique ?