Le compte à rebours est lancé, mais le bloc central reste incapable de choisir son champion. À dix-huit mois de la présidentielle de 2027, Gabriel Attal, Edouard Philippe et Bruno Retailleau ont chacun engagé leur campagne. Tous partagent le même diagnostic : une dispersion des candidatures pourrait condamner la droite et le centre dès le premier tour.
La solution paraît, elle aussi, de plus en plus évidente aux yeux d’une partie de leurs troupes : organiser une primaire. Pourtant, les principaux intéressés ne sont pas encore parvenus à s’accorder sur ses modalités, ni même sur son principe.
Le paradoxe est désormais bien installé. Alors que chacun appelle au rassemblement, aucun des prétendants ne semble disposé à abandonner spontanément la course au profit d’un autre.
Une unité revendiquée, mais toujours introuvable
Edouard Philippe a tenté cette semaine de remettre les discussions sur les rails. Le maire du Havre souhaite réunir les responsables des principales formations et sensibilités de la droite et du centre au sein d’un comité chargé de réfléchir aux conditions d’un rassemblement.
Une première réunion pourrait avoir lieu au début du mois de novembre.
Dans son entourage, l’objectif affiché est de rassembler un spectre allant du MoDem jusqu’à Nouvelle Energie, le mouvement de David Lisnard. Pour les proches de l’ancien Premier ministre, il s’agit d’abord de recréer un espace de dialogue entre des responsables qui se retrouvent aujourd’hui concurrents.
Mais l’initiative peine à convaincre. Bruno Retailleau a rapidement fait savoir qu’il ne souhaitait pas participer à ce qu’il considère comme une rencontre essentiellement destinée aux forces macronistes. Gabriel Attal, de son côté, préfère s’appuyer sur le comité de liaison déjà existant entre les formations du bloc central hors Les Républicains.
Le problème est que cette multiplication des structures ne règle pas la question essentielle : qui portera les couleurs de cet ensemble en 2027 ?
Philippe reste devant, sans écraser la concurrence
Dans les enquêtes d’opinion, Edouard Philippe conserve une position favorable parmi les personnalités susceptibles de représenter la droite et le centre. Mais son avance ne semble pas suffisamment importante pour pousser Gabriel Attal ou Bruno Retailleau à renoncer.
C’est précisément cette situation qui alimente les discussions autour d’une primaire.
« Laissons chacun défendre son projet », plaide ainsi Anne Genetet, soutien de Gabriel Attal, qui estime qu’une compétition interne pourrait devenir nécessaire si aucun candidat ne parvient à prendre suffisamment d’avance dans les prochains mois.
Autrement dit, la primaire pourrait ne plus être perçue comme un premier choix, mais comme un mécanisme de secours : si les sondages ne permettent pas de départager naturellement les prétendants, les électeurs de la droite et du centre pourraient être appelés à le faire.
Le mot « primaire » n’est plus tabou
Cette hypothèse a longtemps suscité de fortes réserves chez plusieurs responsables du bloc central. Le discours semble toutefois évoluer.
Gabriel Attal ne ferme désormais plus la porte à l’organisation d’une primaire. Bruno Retailleau adopte une position similaire et assure être prêt à se soumettre à une telle compétition.
David Lisnard défend également cette solution depuis plusieurs mois.
Même chez Les Républicains, l’idée bénéficie d’un soutien croissant. Gérard Larcher et Valérie Pécresse figurent parmi les responsables qui l’ont déjà évoquée. Fin août, quelque 200 élus ont par ailleurs signé une tribune appelant à l’organisation d’un scrutin destiné à départager les différentes candidatures.
Un sondage Odoxa-Backbone publié dans Le Figaro renforce cette pression : 70 % des sympathisants de la droite et du centre interrogés se déclarent favorables à une primaire.
Le message envoyé aux candidats est donc difficile à ignorer.
Une question demeure : qui organiserait le scrutin ?
Derrière le principe, les discussions achoppent sur une difficulté beaucoup plus concrète : quel périmètre donner à cette primaire ?
Faut-il y associer uniquement les militants des partis concernés ? Organiser un vote ouvert à l’ensemble des électeurs de droite et du centre ? Quelles formations devraient participer ? Les règles seraient-elles les mêmes pour tous les candidats ?
Ces interrogations ne sont pas secondaires. Elles peuvent déterminer le rapport de force entre les prétendants.
L’ancien Premier ministre Michel Barnier a proposé, de son côté, un « conclave » réunissant des élus pour tenter de dégager une solution. Une proposition qui laisse sceptiques certains responsables, qui privilégient un scrutin ouvert plutôt qu’une désignation par un cercle restreint de dirigeants.
Hervé Morin tente lui aussi de faire avancer le dossier. Le président de la région Normandie a écrit aux principaux candidats ainsi qu’à David Lisnard afin de les inviter à travailler à l’organisation d’une primaire ouverte.
Tous sauf celui qui reste en tête
Le principal obstacle pourrait finalement se trouver au sein même du camp qui souhaite rassembler.
Edouard Philippe, pourtant à l’origine de la nouvelle initiative de dialogue, reste très réticent à l’idée d’une primaire. Ses proches mettent en avant les difficultés pratiques et les désaccords sur le périmètre d’un éventuel scrutin.
Ses adversaires, eux, peuvent difficilement ignorer son avantage dans les sondages. Mais tant que celui-ci ne suffit pas à rendre les autres candidatures obsolètes, chacun conserve une raison de poursuivre.
C’est là tout le paradoxe de la situation : plus la primaire gagne du terrain parmi les élus et les électeurs, plus Edouard Philippe se retrouve isolé sur cette question.
La peur d’un scénario catastrophe
Derrière les querelles de méthode, l’inquiétude est la même chez beaucoup de responsables : voir les voix de la droite et du centre se disperser au premier tour et laisser la place à un duel entre le Rassemblement national et La France insoumise.
Gabriel Attal, Edouard Philippe et Bruno Retailleau utilisent tous, avec des nuances, cet argument pour appeler au rassemblement.
Mais l’urgence commence à peser sur les négociations. Plus les candidatures se structurent, plus il devient difficile pour les prétendants de renoncer sans avoir obtenu de garanties sur leur avenir politique.
La primaire apparaît donc progressivement comme une solution de moins en moins improbable. Elle pourrait même devenir, dans les prochains mois, le seul mécanisme permettant de mettre fin à la concurrence actuelle sans imposer de candidat par un simple rapport de force entre appareils.
Reste à convaincre Edouard Philippe.
Car pour l’instant, le bloc central s’accorde sur une chose : il faut éviter la division. Mais il ne sait toujours pas qui doit conduire le rassemblement.