À 72 ans, Ségolène Royal n’a visiblement pas renoncé aux campagnes électorales. L’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 a confirmé sa participation à la primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique, dont les deux tours sont prévus les 10 et 17 octobre. Une candidature qui ne laisse personne indifférent et qui pourrait venir perturber un scrutin où Raphaël Glucksmann et Olivier Faure apparaissent comme les principaux prétendants.
Depuis plusieurs décennies, Ségolène Royal cultive une place singulière dans le paysage politique français. Capable de s’imposer dans des compétitions électorales où elle n’était pas toujours attendue, elle entend désormais renouer avec une stratégie qui lui a déjà réussi : parler directement aux électeurs et défendre des thèmes susceptibles de dépasser les frontières traditionnelles du Parti socialiste.
Pour cette nouvelle campagne, l’ancienne ministre remet notamment en avant son expression fétiche de 2007, « l’ordre juste ». Elle veut faire du pouvoir d’achat, de la politique énergétique et de la protection des enfants plusieurs axes majeurs de son programme.
« Je n’ai rien à prouver », a-t-elle récemment affirmé, reprochant à certains responsables politiques de privilégier leur carrière personnelle au détriment des préoccupations des Français.
Une candidature qui intrigue autant qu’elle inquiète
Dans les rangs socialistes, la candidature n’a pas immédiatement été prise au sérieux par tout le monde. Mais l’obtention des parrainages nécessaires a changé la donne. Royal dispose encore d’un atout considérable : une notoriété nationale construite sur plusieurs décennies.
Son directeur de campagne, le maire d’Alfortville Luc Carvounas, insiste précisément sur cette capacité à susciter une réaction immédiate. Selon lui, l’ancienne présidente de Poitou-Charentes conserve une forme de proximité avec les préoccupations populaires et a, au cours de sa carrière, porté plusieurs sujets avant qu’ils ne deviennent centraux dans le débat politique.
Son expérience constitue également un argument de poids. Ségolène Royal a participé à plusieurs gouvernements et remporté la primaire socialiste de 2006 avant de devenir la première femme candidate du Parti socialiste à atteindre le second tour d’une élection présidentielle.
Face à elle, ses concurrents disposent toutefois d’un avantage : ils incarnent davantage la recomposition actuelle de la gauche sociale-démocrate.
Une décennie de prises de position controversées
Le principal handicap de Ségolène Royal réside peut-être dans son parcours récent. Après son départ du gouvernement, son itinéraire politique s’est éloigné de celui du Parti socialiste traditionnel.
En 2017, Emmanuel Macron l’avait nommée ambassadrice chargée des pôles arctique et antarctique. Deux ans plus tard, une enquête de Radio France avait mis en cause l’utilisation de ses moyens et de sa fonction. Elle avait finalement quitté son poste en 2020, après avoir multiplié les critiques contre le chef de l’État. L’enquête préliminaire sur l’utilisation des moyens liés à sa fonction d’ambassadrice a par la suite été classée sans suite par le Parquet national financier.
Pendant la crise sanitaire, elle avait également défendu l’utilisation de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19 avant de retirer certains messages publiés sur les réseaux sociaux après la diffusion d’une étude défavorable.
Son échec aux élections sénatoriales de 2021, où elle avait recueilli environ 2 % des suffrages, n’a pas marqué la fin de ses ambitions. L’année suivante, elle apportait son soutien à Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle.
Puis son parcours a pris de nouvelles directions, notamment avec son arrivée comme chroniqueuse dans l’émission de Cyril Hanouna. En 2024, dans le contexte de la crise politique provoquée par la dissolution de l’Assemblée nationale, elle avait également évoqué son intérêt pour le poste de Première ministre.
La question russe, un sujet qui divise
Ses positions sur la guerre en Ukraine constituent également un point de friction avec une partie de la gauche.
En septembre 2022, Ségolène Royal avait notamment contesté certaines accusations concernant les crimes de guerre imputés aux forces russes et dénoncé ce qu’elle présentait comme une stratégie de communication destinée à susciter la peur. Ces déclarations lui avaient valu de nombreuses critiques.
Une ligne difficilement compatible, selon certains responsables socialistes, avec celle défendue par Raphaël Glucksmann, particulièrement engagé sur les questions européennes et le soutien à l’Ukraine.
Dans l’entourage de l’eurodéputé, on refuse toutefois de présenter Royal comme une menace particulière. Sacha Houlié, qui soutient Glucksmann, préfère ainsi recentrer la campagne sur le contenu des programmes plutôt que sur les attaques entre candidats.
Royal mise sur son franc-parler
Les premières semaines de campagne donnent en tout cas un aperçu de la méthode Royal : des propositions et des déclarations susceptibles de provoquer immédiatement des réactions.
Interrogée sur l’interdiction du voile dans l’espace public, notamment défendue par le Rassemblement national, elle a ainsi opposé la question du foulard à celle de la protection des enfants, provoquant une nouvelle polémique.
Ses adversaires y voient le signe d’une campagne difficile à contrôler. Certains lui reconnaissent une capacité à formuler des propositions originales, tout en redoutant les déclarations susceptibles de détourner le débat de fond.
D’autres candidats se montrent plus mesurés. Le député Romain Eskenazi estime que sa notoriété peut contribuer à attirer l’attention sur la primaire et même favoriser de nouvelles adhésions. Il s’interroge cependant sur sa capacité à représenter durablement la gauche démocratique après plusieurs années éloignées de la vie interne du PS.
Une outsider qui pourrait jouer les trouble-fête
Reste une inconnue majeure : quelle sera la capacité de Ségolène Royal à transformer sa notoriété en dynamique électorale ?
Ses adversaires peuvent compter sur des réseaux militants, une implantation politique actuelle et des positions plus clairement inscrites dans la ligne de la gauche sociale-démocrate. Royal, elle, dispose d’une autre arme : sa capacité à capter l’attention.
Elle-même semble parfaitement consciente de l’effet produit par son retour. Lors d’un déplacement à la foire de Châlons-en-Champagne, elle s’est amusée des inquiétudes suscitées par sa candidature : « Ils ont raison d’avoir peur », a-t-elle lancé avec le sourire.
Reste maintenant à savoir si cette candidature sera simplement celle d’une ancienne figure du PS revenue sur le devant de la scène ou si elle peut réellement modifier le rapport de force de la primaire.
Une chose paraît certaine : avec Ségolène Royal dans la course, le scrutin d’octobre ne devrait pas se résumer à un duel annoncé entre les favoris.