À quelques semaines du premier tour, les cinq candidats de la primaire sociale-démocrate se sont retrouvés mercredi soir sur LCI. Si des convergences existent sur plusieurs questions économiques et sociales, les échanges ont été nettementplus tranchés sur les relations avec La France insoumise et sur les grands dossiers internationaux.
Le premier grand rendez-vous télévisé de la primaire à gauche a permis de mesurerles différences de ligne entre les cinq prétendants. Pendant près de deux heures, Ségolène Royal, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel ont été interrogés par un panel de Français sur le pouvoir d’achat, l’énergie, la dette et les conflits internationaux.
Mais c’est surtout la politique étrangère et la stratégie à adopter vis-à-vis de La France insoumise qui ont donné lieu aux échanges les plus animés.
Ukraine : la méthode divise
La guerre en Ukraine a rapidement fait apparaître des sensibilités différentes. Ségolène Royal a défendu la possibilité de négociations avec Moscou, tout enaffirmant son soutien à une paix qu’elle souhaite « juste et durable ».
Cette position a suscité des réactions chez plusieurs de ses concurrents. RaphaëlGlucksmann considère pour sa part que Vladimir Poutine n’est pas disposé ànégocier avec les Européens et plaide pour la poursuite du soutien à Kiev. Jérôme Guedj a également critiqué ce qu’il a décrit comme un manque de clarté dans la position de l’ancienne ministre.
Le débat n’a toutefois pas fait apparaître une opposition sur l’objectif affiché de parvenir à la paix, mais davantage sur les moyens d’y parvenir et sur le niveau de soutien à apporter à l’Ukraine.
Gaza : le mot « génocide » au centre des échanges
Le conflit au Proche-Orient a constitué une autre séquence particulièrement disputée.
Olivier Faure assume l’emploi du terme « génocide » pour qualifier la situation à Gaza. Raphaël Glucksmann refuse pour sa part de retenir cette qualification, privilégiant notamment les notions de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Les échanges se sont également tendus autour de la question de l’antisémitisme. Ségolène Royal a estimé que davantage de voix juives et israéliennes devraientdénoncer la situation à Gaza. Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann ont contestécette approche, estimant qu’elle risquait d’établir un lien entre les Français juifset les décisions du gouvernement israélien.
Emmanuel Maurel a appelé les candidats à la prudence dans leurs formulations, rappelant la responsabilité particulière des responsables politiques français dansun contexte marqué par de fortes tensions communautaires.
Sur le pouvoir d’achat, davantage de points communs
Le débat a été plus consensuel lorsqu’il a porté sur les préoccupationséconomiques quotidiennes.
Les cinq candidats ont défendu une revalorisation du travail et des mesures destinées à soutenir le pouvoir d’achat. L’augmentation du Smic a notamment recueilli un accord général, tandis que les propositions divergeaient sur les modalités de financement et sur le rôle de l’État.
Raphaël Glucksmann a notamment mis en avant une fiscalité accrue sur les grandes successions et un dispositif spécifique pour les familles monoparentales. EmmanuelMaurel défend l’indexation des salaires sur l’inflation. Olivier Faure propose notamment une Sécurité sociale de l’alimentation, tandis que Jérôme Guedj met en avantson projet de « Grande Sécu ».
Les candidats ont également cherché à conjuguer nouvelles dépenses et maîtrise des finances publiques, aucun ne défendant un effacement de la dette.
LFI, la fracture la plus politique
C’est finalement la question des rapports avec La France insoumise qui a le plus nettement opposé les candidats.
Olivier Faure défend le principe d’une coopération avec les autres composantes de la gauche et refuse de considérer LFI comme une force avec laquelle toute discussion serait impossible. Il estime que la priorité doit être donnée au combat contre l’extrême droite.
Raphaël Glucksmann adopte une position différente et affirme qu’aucun accord ne devrait être conclu avec LFI, aussi bien pour la présidentielle que pour lesélections législatives. Jérôme Guedj partage son opposition à une nouvelle allianceavec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
Ségolène Royal a, de son côté, reproché à certains de ses concurrents de consacrer trop de place à la question de LFI. Selon elle, cette focalisation contribueparadoxalement à maintenir Jean-Luc Mélenchon au centre des débats de la gauche.
Emmanuel Maurel a également regretté que la fin du débat se soit transformée en affrontement autour de LFI, estimant que cette question risquait de prendre une place excessive dans la compétition.
Une primaire déjà marquée par les tensions internes
Ce premier débat aura donc surtout permis de rendre visibles les différentesconceptions de la gauche sociale-démocrate : rapport à LFI, politique internationale, niveau de soutien à l’Ukraine ou encore positionnement sur le conflit israélo-palestinien.
Les divergences n’effacent toutefois pas certains points de convergence, notamment sur la revalorisation du travail et la nécessité de répondre aux difficultés de pouvoir d’achat.
La campagne doit désormais se poursuivre jusqu’au scrutin d’octobre. La compétition se déroule par ailleurs sans Philippe Brun : le député socialiste avait demandé àêtre réintégré après sa suspension du Parti socialiste, mais la justice a rejeté sa demande. La cour d’appel de Paris a confirmé ce rejet le 23 septembre.